Comment exécuter un jugement français en Allemagne

Par Pierre-Louis Roquet, Avocat au Barreau de Lyon | 15 mai 2026 | Lecture : 8 min
Marteau de juge français et drapeau allemand symbolisant l'exécution transfrontalière

Mode d'emploi complet pour faire exécuter une décision de justice française en Allemagne selon le règlement Bruxelles I bis, avec la procédure du certificat et les cas de refus.

L'exécution d'un jugement français outre-Rhin représente souvent un défi majeur pour les entreprises créancières. Une facture impayée par un client allemand, des dommages-intérêts accordés par un tribunal français : comment s'assurer que la décision sera effectivement exécutée en Allemagne ? Depuis 2015, le [règlement européen Bruxelles I bis](/fr/blog/titre-executoire-europeen-tee-exequatur) révolutionne cette procédure en supprimant l'ancien système d'exequatur. Ce dispositif permet désormais une circulation fluide des décisions de justice entre États membres, mais impose de respecter des règles précises pour éviter tout blocage. ## La révolution Bruxelles I bis : fini l'exequatur Le règlement européen n° 1215/2012, dit « Bruxelles I bis », simplifie radicalement l'exécution des jugements entre États membres depuis son entrée en vigueur le 10 janvier 2015. L'une des nouveautés majeures réside dans la [suppression de la procédure d'exequatur](/fr/blog/sentence-arbitrale-annulee-obtenir-exequatur-malgre-tout), remplacée par une reconnaissance et une exécution de plein droit. Cette évolution marque une rupture avec l'ancien système. Auparavant, toute exécution nécessitait une procédure préalable devant les tribunaux allemands pour obtenir une déclaration de force exécutoire. Désormais, les décisions de justice rendues en France sont directement reconnues en Allemagne, sans qu'il soit nécessaire d'entamer une quelconque procédure. La contrepartie de cette simplification ? La nécessité d'obtenir un certificat délivré par la juridiction d'origine, désormais indispensable pour toute reconnaissance ou exécution. ## Le certificat Bruxelles I bis : sésame obligatoire Le certificat constitue la clé de voûte du nouveau système. Pour faire exécuter en Allemagne une décision rendue en France, la partie gagnante doit fournir : une copie de la décision réunissant les conditions nécessaires pour en établir l'authenticité, accompagnée d'un [certificat attestant que la décision est exécutoire](/fr/blog/titre-executoire-europeen-suspension-circonstances-exceptionnelles). ### Délivrance du certificat Le certificat doit être demandé au greffe du tribunal judiciaire français qui a rendu le jugement, en utilisant le "formulaire Annexe I" prévu par l'article 53 du règlement Bruxelles I bis. Cette démarche s'effectue à la demande de toute partie intéressée. Le formulaire, standardisé au niveau européen, comprend notamment : - L'identification des parties et de leurs représentants - Le résumé de la décision et de ses éléments exécutoires - La confirmation que la décision est exécutoire dans l'État d'origine - Les voies de recours éventuellement ouvertes ### Signification préalable obligatoire La jurisprudence française impose une [signification préalable du certificat au débiteur](/fr/blog/mise-en-demeure-efficace-delais-effets-modele) avant toute mesure d'exécution. L'absence de cette formalité entraîne la nullité de la saisie. Cette exigence découle de l'obligation faite au créancier de justifier de la force exécutoire du jugement étranger à l'égard du débiteur. La simple connaissance du jugement par le débiteur ne suffit pas : le certificat doit être formellement signifié.
**Vous avez une question sur ce sujet ?** Maître Pierre-Louis Roquet, avocat en droit des affaires à Lyon, vous accompagne avec réactivité et expertise. [Contactez le cabinet](/fr/qui-suis-je) pour en discuter.
## Étapes concrètes d'exécution en Allemagne ### 1. Constitution du dossier d'exécution Une fois le certificat obtenu et signifié, constituez le dossier d'exécution comportant : - Le jugement français avec sa traduction certifiée conforme en allemand - Le certificat Bruxelles I bis traduit - La preuve de signification du certificat au débiteur - L'identification précise des biens du débiteur en Allemagne ### 2. Saisine de l'autorité d'exécution allemande Présentez le dossier complet au *Vollstreckungsgericht* (tribunal de l'exécution) ou au *Gerichtsvollzieher* (huissier de justice) compétent territorialement. Le choix dépend de la nature des mesures d'exécution envisagées : - Saisie immobilière : compétence du tribunal de l'exécution - Saisie mobilière : compétence de l'huissier de justice - Saisie-attribution : compétence du tribunal ou de l'huissier selon les cas ### 3. Mise en œuvre des mesures d'exécution L'exécution suit les règles du droit allemand (*Zivilprozessordnung*) : - **Saisie-attribution** : notification directe au tiers saisi (banque, employeur) - **Saisie mobilière** : inventaire et enlèvement par l'huissier - **Saisie immobilière** : inscription d'hypothèque judiciaire au *Grundbuch* ### 4. Recouvrement effectif Les sommes recouvrées sont versées au créancier déduction faite : - Des frais d'exécution allemands - De la rémunération de l'huissier - Des éventuels droits de préférence des créanciers privilégiés allemands ## Procédure d'exécution en Allemagne Une fois le certificat obtenu et signifié, l'exécution proprement dite relève du droit allemand. Il convient de présenter le jugement et le certificat à l'autorité compétente en Allemagne (huissier de justice allemand ou tribunal local) et de prendre contact avec un professionnel de l'exécution allemand pour engager la procédure selon les règles allemandes. La procédure d'exécution elle-même est régie par le droit allemand, ce qui implique de s'adapter aux spécificités locales : - Modalités de saisie différentes selon la nature des biens - Délais de procédure variables - Frais d'exécution à la charge du créancier - Nécessité de recourir à un professionnel local ## Les motifs de refus : comprendre les risques Malgré la simplification apportée par Bruxelles I bis, certaines situations peuvent conduire au refus de reconnaissance ou d'exécution du jugement français. ### Contrariété à l'ordre public La reconnaissance peut être refusée si elle est manifestement contraire à l'ordre public de l'État membre requis. Pour opposer ce refus, la contrariété à l'ordre public doit être manifeste. Les tribunaux allemands appliquent cette exception de façon restrictive. Sont généralement considérés comme contraires à l'ordre public : - Les violations flagrantes des droits de la défense - Les décisions obtenues par fraude - Les condamnations disproportionnées au regard du droit allemand ### Défaut de notification Le refus est également possible dans le cas où la décision a été rendue par défaut, si l'acte introductif d'instance n'a pas été notifié au défendeur en temps utile et de manière à lui permettre de se défendre. Cette protection vise à garantir le respect des droits de la défense, principe fondamental du droit processuel européen. ### Décisions inconciliables Le refus peut intervenir si la décision est inconciliable avec une décision rendue entre les mêmes parties dans l'État membre requis. Cette situation reste rare en pratique mais peut survenir en cas de procédures parallèles. ## Cas particulier du débiteur qui conteste Le débiteur peut demander le refus de reconnaissance de la décision rendue, par exemple s'il n'a pas pu se défendre ou si la reconnaissance est manifestement contraire à l'ordre public. Cette contestation s'effectue selon une procédure spécifique : - Saisine du tribunal compétent de l'État requis - Délais stricts à respecter - Motifs limités et d'interprétation restrictive
**Bon à savoir :** La Cour de justice européenne a précisé que les règles de compétence ne peuvent pas être invoquées comme motif d'ordre public pour refuser la reconnaissance, confirmant le principe qu'un tribunal ne peut réviser la compétence d'un tribunal d'un autre État membre.
## Comparaison avec d'autres instruments européens
Instrument Champ d'application Procédure requise Délais
Bruxelles I bis Décisions civiles et commerciales Certificat + signification Aucun délai spécifique
Titre exécutoire européen Créances incontestées uniquement Certification directe Plus rapide
Injonction de payer européenne Créances pécuniaires Procédure unifiée 30 jours pour contester
Le créancier aura toujours le choix entre le titre exécutoire européen et la procédure Bruxelles I bis. La certification du titre exécutoire européen sera plus rapide et moins coûteuse, pour autant que les conditions de son application soient remplies. ## Questions fréquemment posées ### Quels sont les délais pour exécuter un jugement français en Allemagne ? Aucun délai spécifique n'est imposé par le règlement Bruxelles I bis. Cependant, la prescription de la créance continue de courir selon le droit français. En pratique, comptez 2 à 3 mois entre l'obtention du certificat et le début effectif des mesures d'exécution. ### Quels sont les coûts d'exécution en Allemagne ? Les frais comprennent : la traduction certifiée des documents (200-500 €), les honoraires de l'avocat allemand (150-300 €/heure), les frais d'huissier selon un barème officiel, et les droits de greffe variables. Budget total moyen : 1 500 à 3 000 € selon la complexité. ### Le débiteur peut-il faire opposition à l'exécution ? Oui, le débiteur peut contester la reconnaissance devant les tribunaux allemands dans un délai de 30 jours à compter de la première mesure d'exécution. Les motifs sont limités : contrariété à l'ordre public, violation des droits de la défense, ou décision inconciliable. ### Faut-il obligatoirement recourir à un avocat allemand ? Non pour les mesures d'exécution simples, mais fortement recommandé en pratique. L'avocat allemand maîtrise les spécificités locales et peut intervenir rapidement en cas de contestation. Sa connaissance du terrain accélère significativement les démarches. ### Que se passe-t-il si le débiteur n'a plus de biens en Allemagne ? L'exécution devient impossible sur le territoire allemand. Vous devrez rechercher d'autres biens dans d'autres États membres ou négocier un échéancier amiable. Le certificat reste valable et peut servir pour une exécution ultérieure si de nouveaux biens apparaissent. ## Articles liés - [Injonction de payer européenne : procédure et formulaires pratiques](/fr/blog/injonction-payer-europeenne-procedure-formulaires) - [Réforme injonction européenne : délais réduits et nouvelles règles 2026](/fr/blog/reforme-injonction-payer-europeenne-delais-2026) - [Règlement CCI 2026 : ce qui change pour vos contrats internationaux](/fr/blog/reglement-cci-2026-contrats-internationaux-nouvelles-regles) ## L'essentiel à retenir **Procédure simplifiée** : Le règlement Bruxelles I bis supprime l'exequatur et permet une reconnaissance automatique des jugements français en Allemagne. **Certificat obligatoire** : Demandez le certificat au greffe du tribunal français ayant rendu le jugement, puis signifiez-le au débiteur avant toute mesure d'exécution. **Droit allemand applicable** : L'exécution suit les règles allemandes avec l'intervention d'un huissier ou du tribunal de l'exécution selon la nature des biens. **Contestation possible** : Le débiteur dispose de 30 jours pour contester la reconnaissance, mais les motifs restent limités et d'interprétation restrictive. **Coûts maîtrisés** : Budgétez 1 500 à 3 000 € pour une procédure standard, traduction et frais professionnels inclus.
**Besoin d'un accompagnement en droit des affaires ?** Je vous accompagne dans la négociation et la sécurisation de vos contrats, en France comme à l'international. [Consultation en visioconférence](/fr/qui-suis-je) · [Prendre rendez-vous](/fr/qui-suis-je)