Création d'une Red Team dans le cadre de la directive NIS 2 : un levier stratégique pour la cybersécurité des entreprises

Par Pierre-Louis Roquet, Avocat au Barreau de Lyon | 8 octobre 2025 | Lecture : 9 min
Création d'une Red Team dans le cadre de la directive NIS 2 : un levier stratégique pour la cybersécurité des entreprises

La directive NIS 2 renforce les obligations de cybersécurité en Europe. Découvrez comment la mise en place d'une Red Team devient un outil stratégique de conformité et de résilience.

La cybersécurité est devenue un enjeu majeur de gouvernance pour toutes les entreprises opérant en Europe. Avec l'entrée en vigueur de la directive NIS 2, le cadre réglementaire européen se renforce et impose aux organisations une obligation accrue de prévention, de détection et de réaction face aux cybermenaces. Dans ce contexte, la mise en place d'une Red Team constitue un outil opérationnel essentiel pour tester la résilience réelle de l'entreprise. Loin d'être une simple simulation, une Red Team permet d'évaluer la robustesse des défenses internes, la réactivité des équipes et la maturité du dispositif global de sécurité.

Comprendre la directive NIS 2 et ses implications pour les entreprises

Adoptée en décembre 2022 et devant être transposée dans les États membres d'ici octobre 2024, la directive NIS 2 (Network and Information Security Directive) vise à renforcer le niveau global de cybersécurité dans l'Union européenne. Elle étend le champ d'application de la première directive NIS à un nombre beaucoup plus large d'entités, incluant non seulement les opérateurs de services essentiels, mais aussi les entreprises dites importantes : sociétés industrielles, prestataires de services numériques, fournisseurs d'énergie, établissements de santé, et acteurs des infrastructures critiques.

Les entreprises concernées doivent désormais mettre en œuvre des mesures techniques et organisationnelles proportionnées aux risques, assurer une gestion continue des incidents de sécurité, et être en mesure de notifier toute violation grave à l'autorité compétente. Cela implique une transformation profonde des pratiques internes, avec la nécessité d'auditer régulièrement les systèmes, de renforcer la gouvernance de la sécurité et de former les dirigeants à la gestion de crise numérique.

Qu'est-ce qu'une Red Team et en quoi diffère-t-elle d'un audit classique ?

Une Red Team est une équipe d'experts en cybersécurité chargée de reproduire, de manière encadrée et éthique, les techniques d'attaque utilisées par de véritables cybercriminels. L'objectif n'est pas seulement de repérer des vulnérabilités techniques, mais d'évaluer l'ensemble du dispositif défensif, y compris la détection, la réaction et la coordination des équipes internes (SOC, CERT, DSI, communication, direction).

Contrairement à un test d'intrusion classique, qui se concentre sur un périmètre ou un système défini, la Red Team adopte une approche globale, orientée vers la compromission des objectifs métier. Elle combine les techniques de phishing, d'ingénierie sociale, d'exploitation de failles techniques et de pénétration physique pour évaluer la résilience de l'organisation dans des conditions quasi réelles.

Red Team, Blue Team et Purple Team : des rôles complémentaires

La Red Team incarne l'attaquant, la Blue Team représente les défenseurs internes chargés de détecter et de contrer les attaques, et la Purple Team joue le rôle de médiateur, favorisant le partage de connaissances entre les deux. Cette approche tripartite permet une montée en compétence continue des équipes internes et un renforcement concret de la posture de sécurité.

Pourquoi la directive NIS 2 rend la Red Team incontournable

L'esprit de la directive NIS 2 repose sur la notion de proactivité. Les entreprises ne doivent plus attendre qu'un incident se produise pour réagir, elles doivent être en mesure de démontrer qu'elles ont testé et validé leur capacité à faire face à une cyberattaque. Dans ce cadre, la Red Team s'impose comme un outil de conformité et de gouvernance, au même titre que les audits de sécurité ou les plans de continuité d'activité.

En pratique, une Red Team permet à l'entreprise de répondre à plusieurs exigences de la directive : évaluation régulière des risques, test des dispositifs techniques, sensibilisation des équipes et documentation des mesures correctrices. Elle contribue à construire une culture de la résilience et fournit des preuves concrètes de conformité en cas de contrôle des autorités nationales (en France, l'ANSSI).

Un outil stratégique pour les dirigeants et le conseil d'administration

La directive NIS 2 place explicitement la responsabilité de la cybersécurité au niveau des organes de direction. Les dirigeants peuvent désormais être tenus responsables en cas de manquement grave aux obligations de sécurité. Dans ce contexte, la mise en place d'une Red Team constitue un signal fort de maîtrise du risque et de bonne gouvernance. Elle démontre la volonté de l'entreprise d'anticiper plutôt que de subir, d'évaluer objectivement ses failles et de bâtir un plan d'amélioration continue.

Comment se déroule la mise en place d'une Red Team dans une entreprise

La création d'une Red Team suppose d'abord un cadrage juridique et organisationnel précis. Il s'agit de définir les objectifs du test, les limites d'intervention, les scénarios d'attaque autorisés et les équipes informées. Une charte d'engagement est rédigée pour encadrer l'opération et garantir la conformité avec le droit du travail, la protection des données personnelles et la continuité de service.

La phase d'évaluation comprend généralement trois étapes : la reconnaissance (collecte d'informations sur la cible), l'exploitation (infiltration et compromission de systèmes ou de comptes) et la post-exploitation (maintien de la présence, exfiltration de données simulées, escalade de privilèges). Chaque étape fait l'objet d'un suivi méthodique afin d'assurer un retour d'expérience structuré.

À l'issue de la mission, un rapport détaillé est remis à la direction. Il identifie les points de faiblesse techniques, organisationnels et humains, propose des mesures correctrices et définit des priorités d'action. Ce rapport constitue un document clé pour démontrer la conformité NIS 2 et pour orienter la stratégie de sécurité sur plusieurs années.

Les bénéfices concrets d'une Red Team pour l'entreprise

Au-delà de la conformité réglementaire, la mise en place d'une Red Team apporte des bénéfices tangibles. Elle permet de mesurer la capacité réelle de l'entreprise à détecter une intrusion, de renforcer la coopération entre les équipes techniques et la direction, et de réduire les temps de réaction en cas d'incident. Elle améliore aussi la confiance des partenaires, des clients et des investisseurs en démontrant un haut niveau de maturité en cybersécurité.

Dans un contexte de hausse continue des attaques ciblées, la Red Team agit comme un accélérateur de résilience. Elle transforme la cybersécurité en un levier stratégique plutôt qu'en une simple contrainte réglementaire.

La Red Team comme levier de compétitivité

Pour les entreprises exposées à des marchés internationaux, afficher une capacité de simulation offensive conforme aux standards NIS 2 est un véritable atout concurrentiel. Cela atteste d'une gouvernance mature et rassure les partenaires européens et américains sur la robustesse du dispositif de sécurité.

L'accompagnement juridique et stratégique de la Red Team

La création d'une Red Team ne relève pas uniquement d'un enjeu technique : elle soulève également des questions juridiques complexes. La délimitation du périmètre d'intervention, la gestion des données sensibles, le respect du secret des affaires et la conformité au RGPD doivent être rigoureusement encadrés.

Dans le cadre de mon forfait IA – Tech, j'accompagne les entreprises dans la mise en conformité NIS 2, la rédaction de chartes de tests d'intrusion, et la sécurisation contractuelle des opérations de cybersécurité. Je travaille en lien avec les équipes techniques et les RSSI afin d'intégrer la dimension juridique dès la phase de conception.

Cette approche transversale permet d'éviter les risques de non-conformité, de responsabilité civile ou de violation de données. Elle garantit que la Red Team agit dans un cadre légal sûr tout en répondant pleinement aux exigences de la directive européenne.

Conclusion : anticiper la directive NIS 2 grâce à une Red Team intégrée à la stratégie d'entreprise

La directive NIS 2 marque un tournant majeur dans la régulation de la cybersécurité européenne. Elle impose aux entreprises d'adopter une approche proactive et documentée de la gestion du risque numérique. Dans ce contexte, la mise en place d'une Red Team n'est pas une option, mais un investissement stratégique.

En simulant les attaques les plus réalistes, la Red Team révèle les failles invisibles, renforce la coordination interne et offre une vision claire de la maturité cyber de l'entreprise. Elle devient un outil de pilotage pour les dirigeants, leur permettant de concilier conformité, performance et confiance.